Sans songer à mal : une enquête de Francis Malone

Soit un auteur-narrateur-personnage. Ce triple homme-là est
soupçonné d'avoir fait disparaître un personnage-auteur, sorte de
double ou d'alter ego dont l'ego, plus plagiaire qu'alter, commençait
à l'agacer. Si le premier auteur est l'auteur du second, c'est quand
même bien son droit de l'éliminer. Il n'y a pas là de quoi fouetter un
critique, donc, comme dirait Sancho Panza pour couper court, «que
les femmes filent leur quenouille et allons dîner». Eh bien non.
Placé un peu dans la posture de Conan Doyle supprimant Holmes
qui lui était devenu odieux et se faisant, en conséquence, traiter
d'assassin, notre auteur-narrateur-personnage fait l'objet d'une
enquête menée par un troisième larron, simple personnage celui-là,
ce qui ne veut pas dire personnage simple : le commissaire divisionnaire
Francis Malone, génie de l'investigation. En somme, le triple,
soupçonné du meurtre du double, est mis sur la sellette par le simple.
L'enquête personnelle tourne à l'enquête générale, sorte de feuilleton
loufoque où tout ce que touche Francis Malone, à commencer
par les Arts et Lettres, est frappé de la malédiction du dérisoire.