Le quartier d'où je viens : 50 ans d'histoires au Petit-Nanterre

Me revoilà dans le quartier à sonner aux portes, rencontrer des gens,
accueil toujours chaleureux, autour du magnétophone on s'assoit, ils
ont entendu parler de mes Récits de Vie , ils ont à dire aussi, ils désirent
faire partie de la prochaine galerie de portraits, apporter leur témoignage
au chroniqueur, mettre leur grain de sel, dans le temps c'était
comme ci, comme ça, c'est bon de se rappeler sa jeunesse, une sorte
d'ivresse, la vie en bouteille conservée quelque part dans sa tête, et puis leur
histoire, ajoutée aux autres, participe de l'histoire du Petit-Nanterre, mises
bout à bout c'est une manière de faire réapparaître des paysages disparus,
des cadastres n'ayant plus cours, avec des lieux-dits qui sont autant de lieux
de mémoire, toute une géographie effacée, rayée par l'urbanisation et les
flux de populations, qui agit comme un palimpseste : dessous il y a écrit le
vécu des habitants et leur mystère, est gardée la trace des migrants qui sont
passés.
J'ai projet de raconter une époque qui commence à la fin des
années 70 et finit de nos jours. On assistera à la réhabilitation des Pâquerettes,
la réhabilitation des Canibouts, ces deux «villages» de l'enclave de
part et d'autre d'une rue-frontière, on assistera aux métamorphoses de la
Maison de Nanterre... mais avant l'histoire, il y a toujours une préhistoire.
Une rue, un bloc, une cité, un quartier, ce n'est pas tombé du ciel, il y avait
un espace vacant, une plaine, un terrain vague...