Europe, n° 890-891. Yves Bonnefoy

Le temps n'est plus, sinon aux origines fabuleuses du monde,
où l'être et le dire surgissaient d'un seul élan, s'épousaient, s'accordaient
l'un à l'autre, sans risque d'erreur ni de mensonge. Mais le rêve perdure
en chacun de nous, le désir de rejoindre l'unité perdue, par-delà le partage
entre l'immédiat qui s'enferme dans son mutisme et le langage qui cherche
à le reconquérir. Il se peut que l'entreprise poétique ait participé
de cet espoir, qu'elle s'en inquiète encore, si défiante qu'elle se veuille
à l'égard du langage et des pouvoirs qu'il semble lui conférer.
Sans doute devons-nous à Yves Bonnefoy, à sa très haute exigence,
d'y avoir reconnu derechef la véritable assise sur laquelle fonder aujourd'hui
une conduite d'écriture, et pour la poésie, comme une forme de destin.
Claude Esteban