Peints, colorés, tatoués. Match au tafia

Peints, colorés, tatoués
Prostituées, criminels, baroudeurs, matelots au grand coeur... de l'avis général, les tatouages sont considérés, au XIX<sup>e</sup> siècle, comme les stigmates d'une société en marge. On exhibe alors sur les champs de foire des naturels extraits de leur Polynésie natale ou des marins intégralement tatoués, aux côtés d'hommes-tronc, de femmes à barbe ou d'animaux savants tel le chien Munito, qui partagea le destin funeste de Joseph Cabri, « l'homme tatoué ».
Ernest Berchon, médecin de marine qui a longuement parcouru les mers du Sud, est le premier à s'intéresser, d'un point de vue médical et surtout ethnologique, à cet art, passablement méconnu, longtemps méprisé. Ses textes pionniers, visionnaires, ici réédités pour la première fois, constituent des documents précieux pour le lecteur du XXI<sup>e</sup> siècle, à une époque où la perception du tatouage a fortement évolué, et où l'usage s'est démocratisé pour en faire un marqueur social distinctif. C'est tout un monde insoupçonné, secret, puisant aux origines des « arts premiers », qui se révèle sous et dans la peau imprimée de ces corps messagers.