Le Darfour, un génocide ambigu

Depuis février 2003, le Darfour, province orientale du Soudan
jouxtant le Tchad, est le théâtre de massacres épouvantables
suivis d'une famine largement programmée par l'action des
autorités gouvernementales. Génocide ou pas ? La communauté
internationale s'interroge mais, en attendant, la population
meurt.
L'ouvrage de Gérard Prunier remonte dans le temps pour expliquer
ce qu'a été le Darfour, pays indépendant du Soudan jusqu'en
1916. Il montre comment il a été marginalisé sur tous les
plans tant pendant la période coloniale que du fait des gouvernements
qui ont suivi l'indépendance en 1956. La révolte du
Darfour et la violence de la répression qui a suivi ont fait exploser
le mythe des guerres «religieuses» au Soudan puisqu'ici
tout le monde, tueurs et victimes, est musulman. Pour l'auteur, il
s'agit d'une guerre de races, d'autant plus paradoxale que les
«Arabes» sont noirs et les Noirs souvent arabophones. Mais
Khartoum espère garder le contrôle d'une périphérie qui lui fait
désormais peur en dressant les unes contre les autres des tribus
qui avaient jusque-là vécu dans des rapports parfois tendus
mais jamais destructeurs.
Génocide «ambigu», la crise du Darfour est à l'image des déchirements
de l'Afrique contemporaine, dans un pays qui est en
train de devenir l'un des plus gros producteurs pétroliers du
continent.