Fragments pour une poétique du discours historique

Qui oserait affirmer qu'aujourd'hui l'histoire du XX<sup>e</sup> siècle est connue,
comprise, classée ? Ce passé encore récent vit en nous, conscient ou
refoulé. Or le problème que pose la construction historique d'un tel
passé est toujours d'actualité, puisque, avec le temps, le regard se
transforme.
Ce livre questionne. Il ne prétend pas dissoudre les obscurités qui
subsistent concernant l'histoire de cette époque. Bien plutôt se voit-il
confronté à la nécessité d'entamer une réflexion de fond sur l'écriture
de l'histoire abordée sous un jour nouveau, dans une perspective
transdisciplinaire - la discipline historique n'ayant pas le monopole
de son objet.
L'écriture de l'histoire est appréhendée par le biais de discours situés,
thématiquement (tous ayant un rapport à l'histoire), géopolitiquement
(auteurs allemands et français alternent), historiquement (du milieu du
XVIII<sup>e</sup> siècle à nos jours), et par les disciplines respectives dont ils
émanent.
On ne s'étonnera pas que le langage (comme la condition même
de l'histoire), mais également l'art (littérature, arts visuels) occupent
une fonction déterminante dans l'organisation de ces «Fragments».
S'il est vrai que l'art comme écriture de l'histoire ne se confond pas
avec la construction intellectuelle du passé, il est porteur de la mémoire
qui donne vie à cette restitution désincarnée. Vue sous cet angle, la
poétique du discours historique est l'utopie de l'histoire : elle est
écoute, puisque lui échoit la tâche de «faire entendre les voix de ceux
qui en ont été privés». (D.M.)