Etre architecte, les vertus de l'indétermination : une sociologie du travail professionnel

La sociologie des professions et du travail des architectes pointe généralement
la faiblesse de la cohésion professionnelle de ce groupe et
ses difficultés à faire valoir une «compétence» spécifique lui permettant
de maintenir et d'imposer clairement sa position dans la division
sociale de l'acte de construire.
Pourtant les architectes maintiennent leur place dans ce champ. Ils
auraient même plutôt tendance à y développer une «multipositionnalité».
Ce livre propose donc d'abandonner la volonté de caractériser la
«compétence» ou «l'identité professionnelle» des architectes, pour
comprendre comment ils parviennent à maintenir leur présence dans
l'univers de la construction. Comment le titre d'architecte et les
conceptions qui lui sont associées fonctionnent comme un capital mobilisable
par ces derniers pour poursuivre leur existence et se maintenir
comme «professionnels».
L'hypothèse centrale de l'ouvrage est que, loin d'une «déprofessionnalisation»
ou d'une «mutation d'identité», les architectes
font montre d'une grande faculté d'adaptation liée au capital symbolique
attaché à leur titre. Cette mobilisation du groupe professionnel
pour maintenir et faire valoir sa place est décrite sous le terme de
«travail professionnel» entendu comme un regard sur les pratiques
renvoyant à deux dimensions : à la fois travail de production du bâti
architectural et travail de production d'une identité professionnelle,
celle d'architecte.