La chanson de Jodie : clinique du transfert avec une enfant délaissée

« "J'avais quel âge quand je suis arrivée au CMPP ? J'étais comment petite ? J'étais mignonne ? Qu'est-ce que je faisais ? Qu'est-ce que je disais ?" Jodie a dix ans lorsqu'elle me pose ces questions. Et déjà la moitié de sa vie a été ponctuée de nos rendez-vous, au cours desquels elle adresse ardemment la difficulté de vivre - la sienne étant particulièrement exacerbée par ce que Maud Mannoni n'hésitait pas à nommer "l'absurdité des structures sociales". Depuis cinq ans, mon acte lui suppose simplement une capacité de parole, susceptible de la dégager d'une position traumatique, et ne la réduit pas à une victime - à consoler ou réparer - ni ne transforme sa souffrance psychique en handicap. »
En ces temps scientistes de « mal » mesure de l'enfant et à l'heure de la mise en accusation du dispositif de soin référé à la psychanalyse, voici le récit clinique d'une analyse d'enfant. Lorsque Jodie, âgée de cinq ans, arrive au CMPP, elle met radicalement à l'épreuve l'éthique du Sujet. En effet, au regard de sa symptomatologie difficilement séparable de sa situation familiale - reconnue à juste titre maltraitante - et d'un système judiciaire défaillant, d'aucuns l'évaluent fatalement en perdition psychique.
Dans La chanson de Jodie , l'auteur témoigne du caractère fondamental du transfert, de l'importance de parier sur l'indétermination et, surtout, de la portée vivante d'une démarche psychanalytique.