L'enfant frigo

«J'étais convaincu d'être un rescapé par la culture.
C'est la définition que j'en donnais, qui a fait de moi
un militant, voulant offrir à d'autres ce qu'elle m'avait
offert. Un nouvel horizon, une nouvelle liberté,
une capacité de s'en sortir aussi.»
Ce témoignage est celui d'un homme issu de la plus grande
misère sociale et affective. Un ancien poulailler pour
seul toit, dix frères et soeurs issus de cinq lits pour
uniques compagnons, un homme alcoolique et suicidaire
pour père, une femme dépassée par les événements pour mère,
tel est l'univers glacial dans lequel Patrick Dugois a grandi, et
souffert. Mais, à vingt ans, le peintre en bâtiment qu'il est
devenu découvre la littérature, le théâtre, la peinture, la danse.
Il entame alors des études de lettres classiques à la Sorbonne et
n'a de cesse de rattraper le temps perdu, de gravir l'échelle
sociale.
À l'occasion du procès que sa mère leur intente, à lui et à ses
frères et soeurs, pour obligation alimentaire, Patrick Dugois
revient sur son passé. Il raconte ses peurs et ses rêves d'enfant,
ses errements et ses élans d'adolescent, la formidable énergie
qu'il a déployée pour démêler l'écheveau de sa vie, au risque de
s'effondrer. Mêlant prose distanciée et cris de l'âme, son livre
pose la question du soutien réciproque que doivent se prodiguer
parents et enfants, et montre que la culture peut être un
véritable chemin d'humanisation.