Valéry à l'extrême : les au-delà de la raison

Valéry - cet illustre inconnu. Lui-même a travaillé à la méprise : besoin intime de «cacher son Dieu», retour tardif et quasiment forcé à «la chose littéraire» qu'il déprécie auront figé une figure d'«humaniste» classicisant et «cartésien». Il faudra la publication posthume des Cahiers, l'exploration tout juste commencée de tant d'ébauches et projets secrets pour découvrir enfin cet étrange champ de bataille où n'auront cessé de s'affronter les deux Anges terribles de l'Esprit : NuOmicronUpsilonZêta et EpsilonRhôOmegaZêta. L'intellect destructeur par sa rigueur et qui entend affronter de face, dans la nudité de la table rase, tous les questionnements mais, tout autant, l'illimité d'un Désir qui creuse sans cesse plus avant le vide ontologique qui le cerne et tend, pour le combler, vers quelque extrême «nord humain» où peu s'aventurent - «état béatifique d'échange» de l'EpsilonRhôOmegaZêta ou fulguration d'un «Moi pur» inhabitable. Mais toujours, à l'horizon, ce rêve de la saisie brutale d'un Instant qui serait, du même acte, absorption et consomption et du Monde et du Moi. Tout le premier il s'en étonne : «Je pense en rationaliste archi-pur - Je sens en mystique.»
Voici donc un Valéry «Autre» et d'une déconcertante singularité.