Entropia, n° 2. Décroissance & travail

La question du travail réunit toutes celles de
notre temps d'intranquillité. La crise sociale, la
crise écologique et la crise des valeurs culturelles
ont fissuré l'ancien édifice qui abritait les vertus
qu'on prêtait naguère au travail.
Pour sortir de l'impasse dans laquelle le
«funeste credo de croître» sans limites nous a
entraîné, il apparaît évident qu'il faut revisiter
l'immémoriale interrogation sur la finalité des
activités humaines. Si l'approche économique a
pour tâche d'analyser rigoureusement les lignes
de fractures et les failles d'inhumanité que révèle
le travail aliéné, elle doit s'enrichir par une vision
audacieuse et des propositions désirables afin de
réorienter notre anthropologie de la vie quotidienne,
de retrouver un sens fraternel et un horizon
dégagé des absurdités présentes.
L'idée de décroissance, au-delà de son caractère
bravant l'air du temps, réanime notre lucidité et
remet le travail à sa juste place, à côté de l'oeuvre
et de l'action, pour que chacun puisse, dans un
même élan, rechercher son autonomie et son
accomplissement. Démarches volontaires et inséparables,
certainement, du bouleversement radical
de la société dans laquelle nous ne cessons
d'apprendre et d'exercer «le métier de vivre».