Ressacs d'ébène

«Tacon était l'un des rares capitaines-généraux à n'avoir
point prélevé de dîme par tête de bozale frauduleusement
importé. Une honnêteté exemplaire dans l'histoire de cette
terre. Le rappel de ce trait était le coup de canon de la dispute,
car on ne le créditait pas de la même répugnance à
l'encontre des émancipés qu'il louait aux hacendados.»
Au XIX<sup>e</sup> siècle, Cuba attire à elle un monde interlope
d'aventuriers, de banquiers européens et de Français rescapés
de Saint-Domingue ou émigrés de leurs provinces,
en quête d'eldorados tropicaux. C'est une île qui résiste
encore à l'indignation abolitionniste et où transparaît le
mensonge racial d'un système que tous les maîtres transgressent
avec les natives de la Côte. Autour du personnage
principal se dévoile peu à peu l'hypocrisie de toute
une société - amis, parents, partenaires et amantes
reconstituent le puzzle d'une figure secrète et dominatrice
-, où règne l'industrie sucrière la plus puissante du
monde, les commerçants compromis de La Havane et les
«croiseurs» anglais qui arraisonnent les navires négriers
mais livrent complaisamment les rescapés à l'«apprentissage»
de la civilisation esclavagiste. C'est dans le sillage
de ces ressacs de mémoire que nous entraîne ce roman
inspiré de correspondances authentiques et de recherches
historiques. Un voyage dans un monde disparu qui
fut pourtant celui de la plus importante période esclavagiste,
quand le vol d'un pain était en France même plus
sévèrement réprimé que celui d'une cargaison humaine.