Naissance de la biologie et matérialisme des Lumières

Le matérialisme est souvent présenté comme une méthode inhérente aux activités
théoriques et expérimentales des sciences de la nature. L'idée que le scientifique a
pour tâche d'expliquer des phénomènes matériels, sans recourir à des entités transcendantes
échappant à la vérification empirique, est presque partout solidement établie.
D'où vient cette proximité entre sciences et matérialisme défendue par de
nombreux scientifiques ? Partir en quête d'un génial précurseur chez qui une vérité
méthodologique serait apparue subitement est vain. Au contraire, ce livre montre que
la relation entre le matérialisme et les sciences est un mouvement progressif, qui a
commencé à devenir explicite à partir du milieu du XVIII<sup>e</sup> siècle en France, lorsque certains
naturalistes et philosophes se sont rencontrés et ont échangé différents concepts.
De Buffon jusqu'à Lamarck, en passant par Diderot et d'Holbach, chacun a mobilisé
les ressources de discours variés pour défendre ses propres objectifs. Comprendre la
proximité entre les sciences et le matérialisme consiste ici à retracer la phylogénie
conceptuelle au cours de laquelle des discours physiques et métaphysiques se sont
combinés. Mais cette ascendance commune ne doit pas servir de prétexte pour assujettir
les sciences, car elle a engendré avec le temps deux registres nettement distincts.
Il ne demeure en définitive aujourd'hui qu'un seul caractère partagé entre sciences et
matérialisme : l'indépendance vis-à-vis des concepts transcendants.