Politique africaine, n° 114. Mauritanie, la démocratie au coup par coup

Depuis l'instauration du multipartisme au début des années 1990,
la Mauritanie alterne entre coups d'État et phases de
démocratisation. L'ombre du pouvoir prétorien ne cesse de
planer sur les gouvernements civils et les militaires ont
appris à mobiliser le discours global sur la bonne gouvernance
en s'érigeant, à intervalle régulier, en salvateurs
d'un ordre démocratique menacé. C'est ainsi que le général
Abdel Aziz s'est emparé du pouvoir en août 2008, brisant
les espoirs soulevés par la fin du règne de Taya. À l'heure
où se tiennent des élections présidentielles contestées, ce
dossier revient sur certaines questions érigées en enjeux
démocratiques majeurs de la scène publique mauritanienne,
en particulier le retour des réfugiés expulsés de Mauritanie
en 1989 et la lutte contre la «terreur» islamique. Dans une
perspective de longue durée, il analyse également les éléments
de rupture et de continuités liés aux bouleversements
politiques récents : par-delà la discontinuité des régimes,
il s'interroge ainsi sur la constitution d'une classe hégémonique
dans le pays, tout en mettant en évidence les
nouvelles formes de mobilisation et de contestation sociale,
y compris parmi les groupes subalternes. Si elles restent
encore peu visibles à l'échelle politique nationale, ces
actions collectives sont le signe d'un ferment politique
nouveau qui pèsera sans doute sur l'avenir de la Mauritanie.