Sexualités adolescentes

Montreuil, Seine-Saint-Denis. Le collège Fabien et le lycée Jean Jaurès. Publics.
Vincennes, Val-de-Marne. L'institution Notre-Dame de la Providence et le lycée
professionnel Gregor Mendel. Privés et catholiques. Deux communes limitrophes de
la banlieue parisienne, des établissements scolaires voisins. Et pourtant un fossé
impressionnant sépare leurs populations d'adolescents, la «racaille» montreuilloise et
les «bourges» de Vincennes. Les modes vestimentaires, les influences culturelles, le
rapport à la drogue, l'avenir professionnel, etc. Les points d'antagonisme ne manquent
pas. Même la sexualité. Surtout la sexualité ?
Des représentations aux pratiques, des connaissances du sujet aux fréquentations,
en passant par le rôle social assigné aux genres et le rapport avec les traditions culturelles,
tout change selon que l'on est d'un côté ou de l'autre. Et l'examen approfondi
du comportement de ces adolescents révèle à quel point l'entrée dans la vie sexuelle
active s'enracine dans le corps social. Mais au-delà des clivages sociaux, cette enquête
met également à jour des points de convergence inattendus entre des milieux culturels
différents. Tâtonnements, rencontres, ruptures, ce long travail d'enquête dévoile une
jeunesse sensible, à fleur de peau, mais dont le romantisme mène souvent à des
conduites à risque, sans préservatif.
Alors que le sida et les autres maladies sexuellement transmissibles représentent
encore un véritable danger, les pratiques de prévention diffèrent aussi fondamentalement
entre la «racaille» et les «bourges». On observe ainsi que les populations socialement
défavorisées de Montreuil, plus précoces sexuellement et plus portées sur
l'acte que les élèves de Vincennes, ont moins de connaissances et apparaissent donc
plus démunies pour ce qui est de la prévention. À méditer en termes de politiques
publiques et de campagnes d'information.