Construire le musée imaginaire : Le Havre 1952, 1961, 1965

Le 24 juin 1961, André Malraux, ministre de la Culture, inaugure
au Havre le musée-maison de la culture. Premier musée reconstruit
de l'après-guerre, et première maison de la culture en France, ce
projet novateur est porté par l'enthousiasme et la foi des pionniers
que furent son directeur, Reynold Arnould, nommé en 1952, et
l'équipe d'architectes Guy Lagneau, Michel Weill, Jean Dimitrijevic
et Raymond Audigier.
Le livre s'attache à suivre la genèse du projet et à comprendre
comment il devint ce symbole singulier d'hybridation culturelle.
L'architecture, reposant sur les principes de transparence et de
fluidité, servira cette ambition. Inventant une relation poétique au
paysage, le bâtiment tout de verre et d'acier s'ouvre au regard, aux
mouvements des bateaux entrant et sortant du port situé à quelques
pas de là. La transparence inscrit de fait le musée dans la ville et
en signifie symboliquement sa démocratisation. La disponibilité des
espaces intérieurs, la souplesse de la muséographie, la création
d'équipements nouveaux comme une salle de conférences, un
«foyer-bar», permettront le développement d'une programmation
dense faite d'expositions, de séances de cinéma, de débats, de
concerts, répondant au souhait de Reynold Arnould de transformer
le musée en un «organisme vivant».
L'ouvrage retrace les grandes étapes de la construction du
bâtiment et de la sculpture monumentale d'Henri-Georges Adam
qui devait «signaler» le musée au monde, et invite à revenir sur
ces passionnantes premières années d'existence, jusqu'au départ
d'Arnould en 1965.
André Malraux déclarait le jour de l'inauguration : «Il n'y a pas une
Maison comme celle-ci au monde, ni au Brésil, ni en Russie, ni aux
États-Unis. Souvenez-vous, Havrais, de ce jour et sachez que l'on dira
que c'est ici que tout a commencé !» Si le recul incline à la modestie,
il n'en demeure pas moins que le musée-maison de la culture
du Havre allait ouvrir la voie à une conception moderne du musée.