Ballades pour John Henry

John Henry est un héros mythique de la culture noire américaine. Un
jour de 1872, ce colosse perceur de tunnels, «né un marteau à la
main», défia un marteau piqueur : il le gagna de vitesse, puis mourut
d'épuisement. Depuis, d'innombrables ballades ont immortalisé sa
légende. Jusqu'en 1996, où la petite ville de Talcott, théâtre présumé
du fameux duel, organise un Festival John Henry. Parmi les invités,
J. Sutter, un «parasite», pigiste mercenaire et pique-assiette patenté.
Lui aussi vise un record : assister pendant un an d'affilée à une promo
par jour. Mais sous la futilité de cette entreprise, le drame couve...
Et tandis que le roman entremêle les trajectoires de J., de John Henry
et de toutes ces vies, réelles ou inventées, affectées par sa légende - de
l'historien au compositeur, du bluesman au philatéliste -, c'est toute la
geste d'un peuple qui renaît, hanté par cette figure aussi insaisissable
qu'une chanson.
Satire acerbe d'une société contemporaine qui a réduit la culture
populaire à une marchandise, fresque historique en forme de puzzle,
réflexion élégiaque sur la mémoire et ses vestiges, Ballades pour John
Henry est un roman immense et visionnaire. Il use de tous les tons et
de tous les langages pour nous offrir un regard neuf sur l'Amérique
et sur le siècle. Cette oeuvre majeure, confirmant toutes les promesses
de L'Intuitionniste , impose d'emblée Colson Whitehead comme l'un
des plus grands écrivains américains d'aujourd'hui.
S. C.