Etudes, n° 403-7,8

La plainte prolifère à propos de ce que l'autre a commis d'outrages irréparables et, surtout, de ce qu'il n'a pas fait et aurait dû faire. «Mes parents ne m'ont pas donné ce que j'étais en droit de recevoir»; «Mon conjoint a détruit ma vie». La demande de réparation, fort répandue dans la «vulgate» psychologisante actuelle, se déploie sous l'influence d'une subjectivité blessée, jamais totalement contentée. Est-il cependant possible, voire souhaitable, de réparer la déchirure d'un passé qui aurait dû être autrement? La séquence reconnaissance de la blessure/réparation réelle ou symbolique, souvent indispensable au cheminement des «vraies» victimes, tend à devenir une injonction systématique: elle se mue alors en quête infinie, tant la reconnaissance complète de l'unicité de la souffrance s'avère impossible.