La fortune des Misérables de Victor Hugo au Portugal : de la France au Portugal via Les Misérables

Victor Hugo bénéficie au Portugal d'un accueil tout à fait unique. D'abord parce qu'il jouit en France d'une grande popularité et que les Portugais considèrent la France, pour des raisons mythico historiques, comme le pays de référence. Ensuite parce qu'il incarne le mythe de Prométhée et représente le révolté qui, du haut de son promontoire de Guernesey, s'oppose aux régnants, dénonce les injustices et défend les misérables.
Le roman Les Misérables est donc traduit et publié en 1862, c'est-à-dire l'année même de sa publication en France. Les éditions et les traductions vont se succéder jusqu'à nos jours. Ce foisonnement exceptionnel est dû à plusieurs facteurs : certes la popularité de Hugo mais aussi la publicité faite autour des «Misères» puis des Misérables. En outre, l'œuvre de Hugo est assimilée à la personnalité de son auteur. Comme telle, elle est porteuse d'un message républicain que les Portugais ne manqueront pas de saisir.
Cependant, l'objectif des traducteurs est avant tout économique et la réception en pâtit. En effet, l'écriture des Misérables - élément qui fait la force de l'œuvre - apparaît complètement modifiée par les traductions. Le peuple portugais ne reçoit pas le même message que celui délivré au peuple français et l'intervention de la censure salazariste est finalement presque inutile. Les altérations parfois même amputations du texte font, par ailleurs, passer l'œuvre au rang de littérature non canonisée. Son influence sur la création nationale est certes décelable mais elle est limitée.
En ce début de siècle, ce cas particulier de réception nous renseigne sur la véritable nature de la gallomanie portugaise.