Qu'avons-nous perdu en perdant la mort ?

Qu'avons-nous perdu en perdant la mort ?

Qu'avons-nous perdu en perdant la mort ?
Éditeur: Cerf
2003167 pagesISBN 9782204072847
Format: BrochéLangue : Français

Nous avons perdu la mort - l'attention aux mourants, les

cérémonies, les rituels et les paroles du deuil. Cette disparition

a été si brutale que personne ne s'en est ému. Depuis

longtemps nous vivions dans une familiarité avec la mort et

avions, avec le christianisme, pris l'habitude d'organiser les

trois temps d'une mort : le temps du mourant, le temps de

la mort et le temps du deuil. Le mourant savait mourir, le

deuil trouvait sa place dans la vie sociale, la mémoire gardait

longtemps encore le souvenir des défunts.

Alors demandons-nous : Qu'avons-nous perdu en perdant

notre familiarité avec la mort ?

En laissant les mourants sans assistance, ne sommes-nous

pas en train de vivre un processus de dé-civilisation ?

Ignorer la mort, la mépriser, n'est-ce pas rejeter les forces et

les pulsions de mort qui nous façonnent et nous font accepter

le monde et les autres hommes ? Or la mort s'apprend et

doit faire partie de l'éducation de l'homme. L'apprentissage

dont il est question concerne, d'abord, les gestes et rites qui

accompagnent un mourant et le deuil de la famille. Mais

s'ajoute un autre apprentissage : l'acceptation de la mort en

nous, de cette mort qui limite nos prétentions à la toute-puissance

et nous fait devenir des hommes socialisés. Ces

apprentissages (social, psychologique, individuel) permettent

de remettre la mort à sa place. La mort ne concerne

pas seulement l'au-delà, mais, aussi et peut-être surtout,

l'ici et le maintenant des hommes.

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