Danse traditionnelle en Haute-Bretagne : traditions de danse populaire dans les milieux ruraux gallos, XIXe-XXe siècles

S'il est une expression caractéristique de la culture populaire et de l'identité de la Bretagne, c'est
bien la danse. Depuis maintenant près de soixante ans, des répertoires, issus du vieux fonds tra
ditionnel pratiqué par les populations rurales bretonnes au moins depuis le XIX<sup>e</sup> siècle, sont dan
sés par des milliers de personnes dans les festoù-noz modernes, ou présentés sur scène par des
cercles celtiques. La modernisation des contextes de pratique depuis la Seconde Guerre mondiale
ainsi qu'un important collectage ont permis ce développement unique en Europe.
Ces pratiques dansées traditionnelles des populations rurales de Bretagne occupent également
une place particulière dans le domaine de la recherche en ethno-histoire. On doit la première étude
d'ampleur sur ce sujet à Jean-Michel Guilcher, qui publie en 1963 « La Tradition populaire de danse
en Basse-Bretagne », _uvre fondatrice de l'ethnochoréologie, discipline qui s'attache à étudier les
pratiques dansées et leurs contextes principalement dans les sociétés rurales. Toutefois, Jean-
Michel Guilcher ne s'est intéressé qu'à la partie brittophone de la péninsule. De l'autre côté de
la frontière linguistique, la Haute-Bretagne n'a, elle, jamais fait l'objet d'enquête approfondie et
les collectes, très nombreuses mais circonscrites, de ses traditions dansées ne laissent entrevoir
qu'un corpus de danses très variées et hétérogènes, dont l'authenticité est parfois remise en cause.
Afin d'y voir plus clair, Marc Clérivet s'est efforcé, à la suite de plusieurs chercheurs, de réaliser
une synthèse de l'ensemble des enquêtes et collectes effectuées sur les danses de Haute-Bretagne
depuis le XIX<sup>e</sup> siècle. Sans avoir les mêmes prétentions conceptuelles que Jean-Michel Guilcher,
il choisit d'aborder, aussi complètement que possible, les pratiques de danse, en décrivant les
répertoires recueillis mais aussi les contextes et certaines représentations sociales de la danse
dans les milieux ruraux gallos traditionnels.
Contredisant l'idée commune d'une zone culturelle dénuée d'identité propre, il livre à travers cet
ouvrage, en même temps que le tableau d'une aire riche de pratiques plurielles aux spécificités
marquées, la première vision d'ensemble jamais élaborée sur les traditions populaires de danse
en Haute-Bretagne.