Des femmes traductrices : entre altérité et affirmation de soi

Partant du principe énoncé par George Steiner dans sa préface de
la monumentale Encyclopédie internationale de la recherche sur
la traduction , selon lequel toute exploration sérieuse de ce domaine
doit privilégier à la théorie le «matériau» indispensable à l'étude de
l'art de traduire, cet ouvrage, qui se veut une contribution à l'analyse
des rapports entre féminité et traduction, s'appuie sur des exemples
concrets.
Les articles se proposent ainsi de dégager les motivations ayant
poussé des femmes auteurs du XIX<sup>e</sup> siècle et des écrivaines
reconnues du XX<sup>e</sup> siècle à pratiquer cet exercice et à endosser un rôle
de passeurs et de médiatrices culturelles, et analysent, outre leurs
conditions de production, les différentes stratégies d'énonciation
qu'elles mettent en oeuvre dans le transfert ou dans l'adaptation d'une
parole étrangère, dans une tension entre un effacement volontaire ou
contraint et une volonté d'affirmation de soi. En dépit d'horizons
différents, chacune, s'exposant dans l'acte de traduire à une mise à
l'épreuve par l'autre et de l'autre, s'offre par là-même à la relation et
fait l'expérience de la condition humaine - dont la traduction serait,
selon Steiner, le paradigme - et d'une émancipation conçue comme
ouverture à la vie de l'esprit si longtemps dénié aux femmes.