Le droit de punir : du siècle des Lumières à nos jours

En 1950, quelques années après avoir publié ses Souvenirs de la Cour d'assises , André
Gide suggérait que la punition devrait tenir compte de la personnalité des criminels.
Comment punir quelqu'un que l'on ne connaît pas ?, se demandait-t-il, ajoutant
qu'«il est, sur la carte de l'âme humaine, bien des régions inexplorées». Régulièrement,
avec plus ou moins d'intensité, le droit de punir a été et reste l'objet de réflexions, de
controverses, de propositions de loi, de demandes de réformes. Les débats sont tantôt
vifs et profonds et semblent concerner le plus grand nombre, tantôt ils s'appauvrissent
et restent réservés aux «spécialistes» qui dans des manuels ou des ouvrages d'histoire
du droit pénal présentent ce dernier comme le droit de réprimer ou de sanctionner les
auteurs d'infractions. Mais quel sens faut-il donner à la peine si elle n'est pas accompagnée
d'autres mesures ? Est-elle une sorte d'horizon d'attente, une fiction des sociétés contemporaines
qu'il faut bien entretenir ? Ne faut-il pas «remettre à plat» la justice pénale et se
demander si après avoir puni il est possible de guérir ou de rendre un citoyen à la société ?
La «pénalité» doit conserver son utilité écrivent les uns et les autres. Mais faut-il punir
le crime ou plutôt les criminels ? Faut-il punir de la même manière les enfants, les fous et
les récidivistes ? Que doit-on faire à l'époque de l'Empire français dans les colonies ? Ne
conviendrait-il pas de se demander à nouveau pourquoi punir ? et de réfléchir à l'efficacité
de la justice répressive ? La justice d'expiation et la «rédemption du coupable» ne suffisent
pas, la peine est devenue aussi un enjeu symbolique et un moyen de communication, voire
une «arme pénale».
Deux siècles après le Code pénal de 1810, une réflexion sur l'histoire du droit de punir
et son actualité s'imposait, mais il fallait multiplier les approches disciplinaires, car le droit
de punir ne relève pas seulement de considérations abstraites ou de joutes philosophiques.
La pragmatique de la punition mérite aussi d'être examinée. Trois entrées ont donc été
retenues (le droit de punir en question, connaître et pardonner, sanctionner les déviants) à
partir du siècle des Lumières jusqu'à nos jours. Nul doute que l'histoire de la «punissabilité»
permet de penser et de comprendre les sociétés du passé comme celle d'aujourd'hui.