André Fougeron (1913-1998) : à l'exemple de Courbet

André Fougeron est l'un des grands peintres réalistes français du XX<sup>e</sup> siècle.
Militant communiste, résistant, il est, à la Libération, l'un des plus prometteurs
de ces jeunes peintres dont l'art inscrit la tradition française dans la modernité.
Sa peinture, comme celle de Pignon ou de Gischia, se démarque pourtant de
la peinture non-figurative et se caractérise par un dessin stylisé et expressif.
Prix national des arts en 1946, Fougeron présente au Salon d'automne de 1948,
à contre-courant, un tableau Les Parisiennes au marché qui donne à voir les
prémices d'un «nouveau réalisme». Un manifeste, «Le peintre à son créneau»,
précise son ambition de combattre l'art abstrait, le marché de l'art, l'art pour
l'art et invite les artistes à pratiquer un art pour le peuple, au service du peuple.
Tableau et manifeste font scandale. Fougeron devient alors, pour la critique
bourgeoise et pour les communistes, l'incarnation du réalisme socialiste. Mais
son art ne se plie pas aux dogmes de l'art stalinien. Critiqué par les historiens
d'art soviétiques, il l'est aussi par Aragon. Il n'en poursuit pas moins son activité
et peint des séries d'oeuvres réalistes «politiques» annonçant la Figuration
narrative. Aujourd'hui ses oeuvres peintes entre 1948 et 1953, puis celles
peintes en 1976 et 1977, nous apparaissent, en France, avec celles d'Hélion
ou de Balthus, comme les plus radicalement en rupture avec l'art de Paris, avec
un art français plaisant et décoratif. Son réalisme «photographique» annonce
l'usage militant que font, de la vidéo et de la photographie, de nombreux
artistes contemporains.