Le sauvage et le régulier : art des jardins et paysagisme en France au XXe siècle

Tout au long du XX<sup>e</sup> siècle, l'art des jardins et le paysagisme n'ont, en France, cessé de soulever à leur manière un débat essentiel, opposant les partisans d'une beauté «libre» et «naturelle», soucieux de préserver la diversité des paysages et des écosystèmes, à ceux d'une beauté soumise à la puissance rationnelle et unificatrice de la technique. Les formes de cette confrontation se sont renouvelées avec les mutations de la société, encore terrienne et dominée par une aristocratie foncière et nobiliaire (et par Paris) avant la guerre de 1914-1918, puis progressivement transformée par la constitution d'un univers urbain, moderne et démocratique. Toutefois, comme le montre de façon exemplaire le cas de Le Corbusier, ces camps - celui du «sauvage» et celui du «régulier» - sont loin d'être (et d'avoir été) tranchés de façon simpliste.
Parmi les ouvrages consacrés à l'histoire de l'art des jardins en France, peu nombreux sont ceux qui traitent du XX<sup>e</sup> siècle. Comme si, après les merveilles que symbolisent les jardins de Versailles pour le XVII<sup>e</sup> siècle, le domaine d'Ermenonville pour le XVIII<sup>e</sup> siècle et le parc des Buttes-Chaumont pour le XIX<sup>e</sup> siècle, la création s'était tarie. Or, s'il est vrai que l'art des jardins et le paysagisme ont connu, au cours des trente années d'après la Seconde Guerre mondiale, une crise sérieuse, la Belle Epoque, la période d'entre-deux-guerres et la fin du XX<sup>e</sup> siècle se sont montrées fécondes.
Premier à embrasser dans sa totalité cette histoire méconnue, ce livre entend rendre justice à un art réputé mineur en le situant dans son contexte social, politique, économique, culturel et international.