Ma très chère...

«J'ignore pour quelle raison le Seigneur a voulu unir par un lien d'amour unique deux êtres si éloignés dans l'espace, si dissemblables et inégaux, mais il est une chose que je puis affirmer avec certitude : il n'est rien de visible sur cette terre à quoi mon cœur se soit associé de lui-même et en lui-même, comme à votre cœur. En effet, si ceux qui s'aiment et se connaissent selon la chair deviennent un seul cœur et une seule chair, avec combien plus de force, combien plus d'harmonie le cœur et l'âme de ceux qui aiment Dieu et jouissent l'un de l'autre en Dieu se fondront-ils en un seul cœur et une seule âme dans le Seigneur ! Une telle union, je ne l'ai jamais connue avec personne qu'avec vous seule, car je vous aime absente comme je vous aime présente, dans la douleur comme dans les rires, dans la pauvreté comme dans la richesse - en un mot : sous quelque lumière que vous m'apparaissiez, à quelques outrages que vous soyez soumise, je reconnais toujours en vous ma fille et ma très douce amie...»
Lettre de Pierre à Christine, 1287