La Pâque rouge

Lorsqu'en avril 1946, le jour de Pâques, une révolte éclate
dans les murs de la prison San Vittore à Milan, l'Italie - police,
gouvernement, opinion publique - peut croire à un soubresaut
assez naturel dans un univers carcéral surpeuplé. Constitué
d'anciens fascistes de la République de Salò, d'anciens
partisans réduits, par la pauvreté, à des délits de droit commun,
de femmes et d'adolescents partageant leurs misères et leurs
turpitudes, le peuple prisonnier ignore lui-même, lorsqu'il se
mutine, qu'il va dangereusement ébranler les premiers
gouvernements post-fascistes.
De cette histoire vraie dont les archives de presse rapportent
la stupéfiante violence, Alberto Bevilacqua a fait un roman
construit autour de la figure fascinante du meneur de la
rébellion, Ezio Barbieri. Vaurien des bas quartiers de Milan,
chef de la redoutable «bande de l'Aprilia noire», bandit de
grande classe dont les pirouettes et provocations mettent en
rage les institutions imperméables à son charisme, Barbieri
transforme au fil des jours la mutinerie en saine révolte contre
l'État corrompu et ses partisans malhonnêtes.
Conteur sans égal de l'histoire politique italienne du XX<sup>e</sup>
siècle, créateur de légendes qui restituent, plus justement que
la chronique, la vérité des héros, Bevilacqua signe avec La
Pâque rouge un portrait flamboyant, épique, de perdant
magnifique.