Dérives du capitalisme financier

Les scandales entourant la gestion de grandes sociétés cotées depuis
l'année 2000 ne sont pas les accidents de parcours d'un capitalisme dominé
par la finance de marché. Ils sont au contraire la manifestation la plus
évidente des contradictions qui sont au coeur d'un régime de croissance
financiarisé. Fondement du capitalisme financier, le postulat selon lequel
l'entreprise doit être dirigée dans le seul intérêt de ses actionnaires est
précisément son talon d'Achille. La liquidité des marchés financiers et le
développement de l'épargne contractuelle gérée dans un souci de
performance purement financière rendent illusoire le contrôle des
entreprises par les actionnaires. L'instabilité chronique de la finance aggrave
les carences de ce contrôle. Elle ouvre des opportunités à l'enrichissement
personnel des dirigeants, les détournant de leur responsabilité à l'égard du
collectif de l'entreprise.
L'entreprise doit être dirigée comme une institution, où s'élabore une
finalité commune à l'ensemble de ses parties prenantes et non comme un
objet de droits de propriété. Cette avancée démocratique devrait également
se traduire dans la gestion de l'épargne collective, de manière à réduire
l'instabilité macro-financière. C'est à cette double condition qu'il est
possible de remettre le capitalisme contemporain dans la voie du progrès
social.