Straub-Huillet, non merci ? : la plainte d'un ami

On a beaucoup écrit sur le couple étonnant que formèrent les cinéastes
Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Beaucoup trop. Trop de gloses,
de références, de déférence. De seconde main.
Loin des chapelles, des groupes, des clans, des revues de cinéphiles, j'ai voulu
Straub/Huillet, non merci ? comme un acte au plus près d'une mémoire.
C'est un livre apparemment narcissique, égocentrique, mais celui qui y dit
«je» s'abrite derrière les masques du professeur, du poivrot, du clown
lunaire, mélancolique et qui s'embrase au moindre souvenir.
J'ai rencontré le couple au sortir de mon adolescence, juste après la découverte
éblouissante de Chronik der Anna-Magdalena Bach. Une longue amitié
naissait, non sans éclats multiples dus au frottement de nos caractères assez
rudes. Longtemps, je me suis couché devant eux ; j'étais devenu «straubien»
comme bien d'autres, mais mon instinct de survie m'a conduit à cette guerre
de libération personnelle que raconte Straub/Huillet, non merci ?
C'est - aussi - une déclaration d'amour posthume à Danièle Huillet, à sa
beauté, sa force.
Son sourire enfui.