Les stigmates de Lisbé : une fiction détective dont Pierre Jean Jouve est le héros

Chaque année qui passe le confirme un peu plus : Pierre Jean
Jouve (1887-1976) est l'un des plus grands poètes et romanciers
français du XX<sup>e</sup> siècle. Son oeuvre poétique, d'une haute exigence, se
double d'un ensemble de romans qui, de Paulina 1880 au Monde désert ,
sont devenus des classiques.
Mais qui était Jouve ? Premier écrivain en France à recourir à la
psychanalyse, il a revendiqué haut et fort dans En miroir la nature
autobiographique de son oeuvre. En fait, réalité et fiction s'entrelacent
étroitement dans son mythe personnel.
Le livre de Jean-Paul Louis-Lambert se présente comme une enquête
quasi policière (une fiction détective , dit l'auteur) pour retrouver les
éléments qui ont permis l'édification de ce mythe, avec son singulier
cortège de figures féminines. Rencontrée en 1909 puis en 1933, Lisbé est
une troublante créature érotique stigmatisée. Chantée en 1935 et 1936,
Hélène de Sannis est la sublime initiatrice qui meurt pour accoucher
de l'artiste. Sont-elles les héroïnes d'une histoire ? d'un mythe ? d'un
roman ? Plongé dans ses fantasmes en fusion, Jouve a recréé ses amours
avec la femme-mère Caroline, la femme-soeur Andrée, d'intrigantes
amies, et avec Blanche Reverchon, la femme qui est tout à la fois la mère
et la soeur, une amante adultère et une épouse dévouée, une mystique
discrète et une psychanalyste qui a rencontré Freud.
C'est cette mystérieuse galaxie qu'explore cet essai-enquête
documentaire qui constitue aussi une lumineuse introduction à la
lecture de Jouve.