Plein chant, n° 80. Nous étions trois amis intimes... : récit biographique

«Nous étions trois amis intimes qui avions vingt ans aux
alentours de 1897...» De ces trois amis, seul Fabien
Launay (1877-1904) avait alors ce bel âge ; les deux
autres, Georges Bottini (1874-1907) et Gaston de Pawlowski (1874-1933)
- c'est lui qui parle - en avaient vingt-trois. Deux vocations
de peintre, une d'écrivain les réunirent dans l'amour de l'art en un
lieu unique, propice à toutes les espérances et à toutes les illusions :
Montmartre, dont ils étaient originaires ou habitants.
Les deux peintres, qui furent aussi graveurs, brûlèrent leur vie en
peu d'années dans l'insouciance et l'exaltation. Si Bottini, le «peintre
des bars et des filles», connut un début de reconnaissance et laissa des
oeuvres aujourd'hui recherchées, Launay, de son vivant même, fut
oublié et ses oeuvres, hormis de rares dessins de presse ou illustrations
de livres, furent sans doute à jamais perdues.
Des témoins évoquèrent parfois les deux artistes au fil de leurs souvenirs
de jeunesse, le premier d'entre eux étant l'étonnant et multiple
Pawlowski, «le bon Pawlo», qui devait survivre d'un quart de siècle à
ses amis, développer tous azimuts une activité littéraire et journalistique
sans égale et demeurer une haute figure de l'histoire des Lettres.
Du Moulin Rouge au Chat Noir en passant par l'Auberge du Clou
et autres bistrots, dans la proximité spirituelle des Francis Jourdain,
Saint-Georges de Bouhélier, Léon-Paul Fargue, André Salmon, Pierre
Albert-Birot, Gustave Geffroy, Jean Lorrain, André Warnod et de
nombreux autres intellectuels et artistes, Martine et Bertrand Willot
ont patiemment retracé les cheminements de ces trois créateurs mus
par un idéalisme commun et que la vie sépara avant qu'ils ne touchent
au but, nous offrant ainsi un témoignage inédit plein d'émotion
sur le Montmartre de la «Belle» Époque et une bouleversante
histoire d'amitié qui renouvelle et confirme, en quelque sorte, les
Scènes de la Vie de Bohème de tous les temps.