L'espace du diocèse : genèse d'un territoire dans l'Occident médiéval (Ve-XIIIe siècle)

Parmi les structures territoriales de l'Europe médiévale
et moderne, le diocèse est traditionnellement considéré
comme la plus ancienne et la plus solide. On fait remonter
son existence aux grands conciles de l'Empire romain tardif, au
cours desquels l'Église a adopté, pour son organisation épiscopale,
le cadre civil de la cité qui associait étroitement une ville et un
territoire. Le fait que dans de nombreuses régions la plupart des
sièges épiscopaux soient bien les héritiers des cités tardo-antiques
a contribué à enraciner cette conviction, relayée par la géographie
historique depuis la fin du XIX<sup>e</sup> siècle.
Pourtant, comme entendent le montrer les études réunies dans
cet ouvrage, une telle vision des choses repose sur une certaine
illusion administrative et territoriale au sujet du diocèse médiéval.
En reprenant à la source les questions de perception, d'appréhension
et de construction de l'espace par les pouvoirs et les institutions, dans
le temps long qui conduit de la fin de l'Empire romain à la codification
du droit ecclésiastique et à l'émergence des États territoriaux,
elles conduisent à relativiser, voire à rejeter, l'idée de continuité
territoriale entre l'Antiquité tardive et le Moyen Âge central. Dans
le même mouvement, elles envisagent d'autres voies susceptibles
de mieux expliquer la complexité des rapports à l'espace dans la
société médiévale et la genèse d'une territorialité ecclésiastique dont
l'influence pèse sur l'ensemble de l'évolution sociale et politique de
l'Europe occidentale.