Le sang, le nom, le quotidien : une sociologie de la parenté pratique

Bérénice a trois pères : celui qui porte son nom, celui qui l'a
faite, celui qui l'a élevée, et qu'elle appelle Papa. Le premier
lui intente un procès en contestation de paternité légitime. Le
second sait à peine qu'elle existe. Elle reproche au troisième
de ne pas l'avoir adoptée. À trente ans, une mention marginale
sur son acte de naissance la dit de père inconnu, tout en
l'autorisant à conserver son patronyme.
C'est en sociologue que Florence Weber étudie ce cas parmi
d'autres afin d'y observer, sous une forme agrandie et en
quelque sorte diffractée, la complexité des sentiments de
parenté. Outre le chantier théorique ouvert dans le cadre d'une
sociologie de la parenté, l'auteur éclaire, par cette série
d'enquêtes, deux questions d'actualité : la question politique
et juridique de la filiation et de la transmission, et la
question sociale de la prise en charge des dépendants, enfants,
personnes âgées, malades.
«J'ai cherché à comprendre comment s'articulaient les deux actes
qui instituent des liens de parenté (alliance et filiation en
tant qu'elles sont reconnues publiquement, à travers le nom) et
un ensemble de faits objectifs - la sexualité dans sa dimension
psychologique, la reproduction dans sa dimension biologique,
qui fabriquent ensemble les liens du sang ; la résidence dans sa
dimension économique, la réputation dans sa dimension sociale,
qui fabriquent ensemble les liens du quotidien. Le sang, le
nom, le quotidien : les histoires racontées ici montrent
l'instabilité contemporaine de l'agencement entre ces trois
principes de la parenté pratique, qui renvoient respectivement
à la nature, au droit et à l'économie domestique.»