Nous-mêmes et la terre : critique et dépassement de l'idée technique du monde

L'idée la plus fausse des temps actuels est d'imposer la technique
comme une présence à part entière qui nous remplace dans notre
présence au monde et fait croire que «la technologie est l'art
d'aujourd'hui».
Cette critique pense inversement que le monde doit devenir
bicéphale. D'un côté la technique qui objective la matière et
l'infrastructure sécurisées et sert de contrastant négatif de notre être.
De l'autre l'esprit qui prend en charge la matérialité de l'oeuvre, c'est-à-dire
nous-mêmes et la terre, qui n'appartenons pas à la matière.
Il faut en ce sens reconquérir notre être sur chacun des secteurs
technicisés : astrophysique, génomique, télécommunication, imagerie
audiovisuelle...
La technique critiquée, devenue présence auxiliaire ou
supplémentaire, est dès lors l'occasion de nous révéler comme
paysage naturel, oeuvre d'art, incarnation humaine, moeurs,
historicité, langue nationale, etc., dans le nouveau cadre planétaire,
c'est-à-dire le pacifisme obligatoire et l'équilibre à retrouver entre le
mondial et le national. Par exemple, on s'attachera à comprendre
que New York n'est pas une ville mais une infrastructure avec des
bâtiments morphogéniques. C'est à dé-monstrer, écrirait Deguy.
Par contraste, le destin européen consiste à réhabiter nos villes
architecturales.
Sans culte ni guerre militaire ni aristocratie native, la modernité
est la quête d'un nouvel équilibre entre la terre naturelle, la technique
et le territoire historique, où nous-mêmes et la terre devenons la
finalité de l'être.