Radiguet, l'enfant avec une canne

Raymond Radiguet (1903-1923) était pressé de vivre et
d'écrire. C'est le sort réservé à tous les météores. Il se dépêcha
d'être l'amant de son institutrice (à quatorze ans), de débuter
dans le journalisme, de devenir le protégé de Jean Cocteau, de
connaître le Tout-Paris littéraire et artistique des Années
folles, et de terminer deux chefs-d'oeuvre : Le Diable au corps et
Le Bal du comte d'Orgel.
Carrière fulgurante et scandaleuse : dans Le Diable au corps , le
héros devient l'amant d'une jeune femme dont le mari était à
la guerre en 1917-1918. L'élégance, la clarté, la perfection du
style font ressortir encore davantage l'immoralité du sujet.
Radiguet ne se souciait pas des modes littéraires. C'était un
classique.
En faisant le portrait du jeune Raymond, François Bott fait
celui d'une époque : Radiguet a rencontré, fréquenté tous les
«héros» des années vingt. De Morand à Stravinski et de
Mlle Chanel à Picasso, ils avaient décidé qu'après les horreurs
de la guerre, la vie serait une fête.
Radiguet aurait eu cent ans le 18 juin 2003. C'est un âge inconcevable
pour l'éternel jeune homme de notre littérature.