Fantastique et mythologies modernes

Ce qui singularise l'espèce humaine est sa capacité de mensonge. Le
premier qui a crié au loup en l'absence de l'animal a ouvert à l'humanité
le vaste champ des possibles, et la mère de toutes les fictions. Les mythes,
par leur rapport à l'imaginaire, sont les premières traces de cette
«fictionalisation» du réel et inaugurent le début de toute symbolisation.
Ce qui pour nous relève de la Nature est alors envisagé sous le seul angle
du Surnaturel, où éclate la puissance des dieux. La littérature advient
enfin, avec l'écriture. Elle va emprunter aux mythes certaines de ses
figures, en les transformant, comme Frankenstein que Mary Shelley
qualifie de «nouveau Prométhée». Elle va en inventer aussi, comme le
mythe du progrès. Des domaines littéraires vont alors se dessiner devant
les changements de paradigme intellectuels et sociaux dérivés de la
Révolution Industrielle. Après l'imaginaire effréné des contes
merveilleux, l'imaginaire des spéculations va prendre plusieurs voies.
Celles de l'utopie, celles de la science-fiction et surtout celles des
fantastiques aussi bien en littérature qu'en peinture. C'est à une
exploration de ces domaines que nous nous sommes attachés, et à laquelle
nous convions les lecteurs.