L'écharpe rose

L'écharpe rose, c'est l'écharpe de la mère, l'épitomé de son
amour, qui se dessine sur le ciel, tout au bout du recueil,
après sa disparition, car «l'éphémère et l'infini sont de la
même famille».
Dans ce «mélodrame classique, / aussi réel qu'un dé à
coudre, / un éteignoir, / ta mort qui est notre ombre»,
Alain Piolot ne rend pas seulement hommage, avec
pudeur, à cette mère qui se meurt, il la ranime, la prolonge,
la prend en lui, en nous :
«viens avec moi, invisible
mes empreintes de pas sur le sable
seront les tiennes».
Et pour nous aussi qui venons «souffler à tour de rôle» sur
«l'étincelle du corps fatigué» de la mère, «un bras qui
bouge est plus espéré / qu'une étoile filante».
Ainsi la poésie d'Alain Piolot, par delà ce deuil unique si
banal, rattrape la mort et la dépasse :
«Le sentiment a ses limites
Le bosquet son émeraude».
Qui, comme le poète, n'a pas cherché la présence dans la
fleur ou la vague, qui en touchant l'eau, ne l'a pas trouvée ?
Claire Tardieu