De la belgitude à la belgité : un débat qui fit date

Pour les lettres belges de langue française, le tournant des années
1980 se signale par un mouvement identitaire, culturel et politique,
cristallisé autour du concept de «belgitude». C'est qu'il était une
«autre Belgique» que celle de «papa», pour reprendre le titre du
dossier déclencheur de Pierre Mertens (1976).
Pour les acteurs de cette mouvance, il s'agissait d'inscrire l'écriture
littéraire belge francophone dans un rapport de normalité à l'Histoire
et à la langue, au-delà de tout écran idéologique, ou des dénis
qui avaient caractérisé les oeuvres et les propos des tenants du
«Manifeste du lundi» (1937) et de leurs héritiers. En somme, selon
la formule de Marc Quaghebeur, le débat de la belgitude mettait en
lumière la difficulté comme les possibilités de «faire oeuvre ici».
Cet essai passe en revue le contexte, les enjeux, les acteurs et les
arguments majeurs d'une génération qui modifia le panorama culturel
de la Belgique au moment où le pays se dotait d'une nouvelle structure
institutionnelle.
Il dégage et décrit les conditions d'émergence des nouvelles instances
culturelles issues de processus, comme la production littéraire foisonnante
et le renouveau critique. Désormais, le terme «belgité» prôné par
Ruggero Campagnoli rend compte de cette normalité acquise, même
si «belgitude» correspond de plus en plus souvent à cette acception.