De la pluralité des mondes

La thèse de la «pluralité des
mondes», bien qu'elle ait
cessé d'apparaître utopique, reste teintée de souffre et fait de
qui la défend un hérétique aussi isolé que Giordano Bruno au
temps de l'inquisition. Autres temps, autres contreparties,
David Lewis, qui aurait pu être brûlé en effigie, de soutenir que
toute manière possible dont un monde pourrait être est une
manière d'être pour un monde, nous ouvre ici son paradis,
celui des possibilia. Comment, cependant, l'espace logique
nous permettrait-il d'y entrer s'il n'était investi par un cheval de
Troie : rien moins que notre monde actuel , entendez le monde
réel , découvrant avec émerveillement son intimité avec les
autres mondes. La pensée de Lewis est généreuse, conséquente
et folle : ce monde, le nôtre, est un monde possible , et c'est en
quoi les autres sont réels. Là où les ânes ont la parole, s'instruire
de leurs entretiens fera songer à cet autre qui, en délicieuse
compagnie, hésitait à jurer que «cela fût vrai», tout en
disant aimer à le tenir pour vrai pour le plaisir qu'il avait à le
croire. Que répondit la Marquise à Fontenelle ? «Puisque votre
folie est si agréable, donnez-la moi.» La vérité qu'on voulait
d'agrément se fonde ici pourtant d'être utile. Le réalisme
modal, s'il prête à sourire, s'impose au philosophe des très
sérieuses difficultés dont on ne peut se soustraire, à supposer
que toute question nécessite réponse, et sauf à restaurer l'argument
du paresseux dans ces matières fort subtiles. M.C.