Le bateau ivre d'Arthur Rimbaud : un texte, une voix

La beauté d'un texte s'éprouve, c'est une aventure dont la jouissance tient à la magie du style. Cette collection se réfère à Léo Spitzer, l'auteur d' Études de style , dont la critique se réclame d'une lecture obstinée et confiante de l'oeuvre.
Un auteur (critique littéraire ou non) analyse une pièce d'étude, poème ou court chapitre, qu'il a goûtée avec passion. Il revient sur cette expérience et mène l'enquête, il interroge les mots, le rythme, la musicalité de la phrase, de la syntaxe ; il tente de déchiffrer l'énigme d'un style porté à incandescence.
Le Bateau ivre d'Arthur Rimbaud
Un texte. Une voix
Le Bateau ivre , le poème de Rimbaud aimé entre tous, appelle une étude stylistique. Pierre Brunel l'a conçue comme une recherche permettant de retrouver, grâce à l'analyse du « texte », « la voix » de Rimbaud quand il allait avoir dix-sept ans. Et cette voix c'est celle d'un adolescent ivre de liberté, de ce qu'il appelait déjà un an avant la « liberté libre ». Pourtant il n'use pas encore du vers libre et il y a assurément quelque chose de volontaire dans le choix d'une série de quatrains rimés constituant exactement cent vers. À beaucoup d'égards ce poème, écrit sans doute au cours de l'été 1871, est une parfaite illustration des formules frappantes des deux lettres dites « du Voyant », écrites en mai 1871. Le style, c'est-à-dire l'écriture poétique en porte la marque. Il s'agissait bien de « se faire voyant », de « trouver une langue ». L'élan du bateau ivre, qui peut sembler brisé à la fin, se poursuit pour Pierre Brunel au-delà d'un apparent échec. L'étude stylistique ouvre sur « le génie » de Rimbaud.