L'art envie : accomplissement et fin de l'histoire de l'art

L'Idée, comme la Beauté, n'est jamais que l'objet du désir. Et celui-ci n'a jamais été ni ne sera jamais délié de la matière du monde qui est, lui, donné à la vie par la matière tout aussi mondaine du cerveau parlant de l'humain. La situation occidentale contemporaine est passionnante, car c'est au sein de l'accomplissement de la rationalité dans son naufrage que s'ouvre, pour la première fois, la définitive possibilité de faire rationnellement un avec le monde. Mais elle est dramatique dans la mesure où notre culture contemporaine ne s'en aperçoit pas, ne se donne pas les moyens de s'en apercevoir.
Effrayés par le «n'importe quoi» de l'art, jamais mis à l'épreuve de son fondement métaphysique, craignant de perdre l'auréole d'un être cher, les intellectuels et les artistes n'osent l'interroger que depuis des lieux inoffensifs, évitant toujours le risque d'une surprise de taille. Il est vrai qu'il est plus facile de vivre avec l'art, même crevé («poupées chiffonnées», appelait Balzac les rêves lâches des hommes), qu'avec la vie vie trop vivante dans l'exaltation de sa conscience de vie.