Ames suspendues

Elle sort de la case en tôle et s'asseoit sur le seuil. Le soleil a entamé sa
lente course orangée vers la mer. Bientôt les occupants de la maison rentreront.
Son oncle, son cousin et sa petite soeur, qui rentrera de l'école. Sa petite
soeur, elle, pourra faire à manger pour elle-même. Et les autres ? Ils n'auront
qu'à se débrouiller.
Elle ferme les yeux et se détache les cheveux. L'eau de pluie ruisselle le
long de ses mèches entrelacées. Lentement, elle passe les doigts entre ses tresses
pour retirer les grosses écailles de poisson qui s'y sont logées. Les gouttes
atterrissent violemment sur ses cils et coulent sur ses joues. Les gouttes de
pluie se mélangent à ses larmes.
Si seulement elle avait su.
Si seulement on lui avait dit qu'il partirait le lendemain-même de leur
mariage. Si seulement il avait daigné lui dire qu'il resterait plus de quatre
ans en France sans remettre le pied ici. Si seulement elle savait ce qu'il devenait...