Sous le silence du ciel : Tess d'Urberville de Thomas Hardy

Corrompue et corruptrice : la Femme et la Vie sont souvent stigmatisées de la
même manière. La chair féminine, coupable de faire naître l'homme à la tourmente de
l'histoire, devient le corps du délit, responsable de la tentation et de la chute dans
l'incarnation. Avec Tess , Thomas Hardy met en scène les fantasmes et les pratiques de
l'ère victorienne, où une morale imprégnée de religiosité travaille à réprimer le féminin.
L'héroïne du roman apprend à connaître les deux visages (le rouge et le blanc) d'une
même logique punitive. D'abord, la souillure violente infligée à l'innocence, dans une
chasse sanglante où la femme est la proie ; ensuite, l'expérience froide de la désincarnation,
où l'idéalisme sublime déploie ses exigences mortifères de pureté. Dans ce monde
livré à une religion desséchante, fanatique et cruelle, prise en tenailles entre la loi naturelle
et la loi morale, la jeune femme tente de se construire. Est-elle le fruit de son hérédité
et de son éducation, le ludion des dieux, le jouet d'un vouloir-vivre
incompréhensible, une âme errante dans le sombre univers des gnostiques ? Infatigable
arpenteuse, elle se met en marche vers la préhistoire, pour s'inventer une destinée,
sous le silence du ciel...