Les désaxés

«Il l'avait serrée dans ses bras. Il l'avait embrassée.
Elle lui avait demandé s'il l'aimait. Il avait répondu :
bien sûr, je t'aime. Je suis là. Je suis pas loin. Elle
s'était rendu compte à quel point elle était heureuse
de le savoir dans sa vie, d'être avec lui, de vivre
avec lui. Surtout quand il n'était pas là comme en
ce moment. Elle détestait son désordre, elle détestait
l'odeur de tabac froid, les cendriers pleins, les fenêtres
ouvertes en plein hiver pour essayer de faire partir
l'odeur, elle détestait quand il dormait des heures le
matin, au lieu de venir lui faire l'amour. Elle était
contente de penser à lui, de penser qu'il l'aimait,
qu'il pensait qu'il était avec elle. Qu'il existait. Mais
il y avait quelque chose qui n'allait pas depuis le
début. Des signes bizarres auraient dû les alerter. Ils
ne s'étaient pas méfiés, au contraire, ils avaient foncé,
trop contents d'être amoureux.»