Le poète et la Bible. Vol. 2. 1945-1955

Avec ce deuxième volume s'achève la publication des commentaires
bibliques de Claudel, cette longue méditation commencée
dans les années trente, qui ne prend fin qu'avec sa
vie, lorsqu'il s'interrompt au milieu d'une phrase de son
nouveau commentaire d'Isaïe, peut-être le jour même de sa
mort, le 23 février 1955. On retrouve dans ces études, toutes
parues après la guerre, les même thèmes que dans les précédentes
: le roman ou le drame ou l'épopée de la Création,
celui du combat de la Femme, Vierge, Marie, Sagesse, contre
Satan, le Fils rebelle, combat qui doit se terminer par le
triomphe de Dieu, génial metteur en scène, dans l'Apocalypse.
Une grande nouveauté cependant : ce combat extraterrestre
est repris par l'aventure humaine, qui n'est autre
que l'Histoire sainte, et, plus profondément, dans le coeur de
chaque homme qui a le devoir de faire naître en lui un nouveau
Christ. Les textes du premier volume, parus avant la
guerre, ont été lus par un vaste public et demeurent relativement
connus. Ceux que nous republions aujourd'hui ont pâti
des difficultés de la vie quotidienne dans un pays occupé à
panser ses plaies, et, plus encore peut-être, de l'évolution des
mentalités. Claudel en a souffert, qui disait : « L'Évangile
d'Isaïe. Pourquoi est-ce que j'ai écrit tout cela, que Dieu m'a
commandé, tout cela que personne ne lit, à quoi personne ne
s'intéresse, encore moins les chrétiens et les prêtres que les
autres ? Tu autem, Domine !» Ce sont donc des oeuvres pratiquement
inconnues, même des claudéliens, que nous avons
voulu tirer de l'oubli pour y faire découvrir un nouveau
« paquet de mer poétique », comme disait Thibaudet parlant
de Tête d'or. Plus peut-être que les thèmes que nous venons
d'énumérer, plus que l'émouvante introduction des souvenirs
personnels, on admirera dans nombre de ces pages
l'écriture éblouissante d'un écrivain libéré de toute convention,
qui joint à une facture parfois toute mallarméenne (la
description de la grande rosace de Notre-Dame) l'enthousiasme
lyrique du croyant en possession, désormais définitive,
du sens.
Michel Malicet