Psychanalyse, n° 24

Le film : Une séparation du cinéaste iranien Asghar Farhadi.
«Séparation», celle d'un couple. La femme est décidée dans son
désir de quitter le pays, mais attentive aux siens et prête à retenter,
avec son mari, l'expérience de l'amour. Le mari est un homme
plutôt sympathique, courageux, responsable, peu religieux, mais
plombé par la dévotion qu'il porte à son père dont il doit s'occuper,
ce qui l'empêche de même envisager de partir avec sa femme. Là
est le noeud du film : la monstration subtile et efficace des conséquences
qui résultent de cette réduction d'un homme à son être de
filiation, à savoir sa surdité à la radicalité féminine. Une autre
femme, employée comme garde-malade du père, fait une fausse
couche et accuse à tort son employeur, le mari donc. Cette femme
pourrait relever d'une même réduction, à cela près que sa foi en
Dieu, au nom de laquelle elle refuse de se parjurer sur le Coran, est
pour elle ce qui lui donne la force de s'opposer à son propre mari,
de telle sorte qu'on pourrait presque penser que sa foi est son être
de symptôme. À des titres divers, tous les personnages sont soudés
à leur vérité subjective, viatique pour ne rien vouloir savoir de
l'autre et justifier le pire, sauf la fille du couple, qui accède à l'âge
adulte en mentant délibérément au juge pour éviter à son père la
prison. Sa vérité n'est plus pour elle la seule.