Sartre et la peinture : pour une redéfinition de l'analogon pictural

Nous admirons la plupart du temps les peintures vénitiennes du Tintoret
dans des conditions défavorables - ruelles étroites, églises sombres : il en est de
même pour les textes de Sartre sur la peinture, disséminés au gré des Situations ,
parfois inédits. On croit alors y trouver une théorie de l'imaginaire focalisée sur
l'irréalité du monde des images. Or, la définition des «arts non-signifiants»
dans Qu'est-ce que la Littérature ?, tout comme les articles sur la peinture,
rédigés entre 1954 et 1970, corrigent certaines idées reçues, traçant au sein de la
philosophie sartrienne une nouvelle approche, plus «matiériste», de l'art. Ces
«essais d'esthétique picturale» sauveraient ainsi Sartre d'une théorie iconoclaste
de l'imaginaire, faisant apparaître une possible redéfinition de l'analogon pictural.
Mais ils permettent aussi d'inventer une toute nouvelle catégorie, celle des
«peintres sartriens», où dialoguent ensemble Le Tintoret, Giacometti, Masson,
Wols, Lapoujade et Rebeyrolle.