Itinéraire d'un artiste dans la Grande Guerre : des origines à l'an 2000

Etrange étranger que ce Léopold Poiré.
Son refus de l'annexion allemande de 1870 le porte de Metz à Nancy, précédé d'une jeune réputation de dessinateur et de photographe. Prouvé, Friant et ceux de l'Ecole de Nancy apprécient vite son talent discret. Par la photographie et des rencontres telles celles de Braquemont et Bataille, il découvre l'eau-forte ; alors, son présent d'opérateur-laborantin chez Bellieni le prépare à un autre avenir.
Août 1914, la guerre plonge la Lorraine, dans la plus grande inquiétude. Poiré l'étranger «pacifiste», se sent de nulle part. Allemand, surtout pas, Français... douteux... Lorrain, sûrement et artiste ; artiste jusqu'au plus profond de lui-même. Une situation qui lui forge une autre identité, un autre regard sur la vie, sur son temps.
Maître de sa lumière, de sa technique, dépouillé d'ambitions vénales, il devient un témoin privilégié des événements. De Gerbéviller à Verdun, de la Champagne à la Somme, jusqu'aux Vosges, Poiré va sublimer son talent au service de ces hommes égarés dans la tourmente, jusqu'à sa mort à lui, en juin 1917.
Après quatre-vingt ans de mise à l'ombre, ses images et ses eaux-fortes se sont jouées du temps pour apparaître aujourd'hui d'une étonnante modernité. Le regard de l'artiste, fasciné par sa quête inlassable de la lumière, l'a porté jusqu'au bout de l'ombre.