Vers un multiculturalisme français : l'empire de la coutume

L'idée d'une république dont le principe de base est celui
de l'assimilation de citoyens isolés les uns des autres
paraît contradictoire avec l'existence de l'opposition des
Francs et des Gallo-Romains qui imprègne une grande
partie de l'historiographie en France. Tel est pourtant le
fondement du multiculturalisme français qui, dans ses
versions les plus récentes et les plus outrancières,
débouche sur la bipartition de la population entre des
«communautés» minoritaires et une «ethnie française»
majoritaire. C'est dans ce cadre qu'il convient de replacer
le phénomène de durcissement des identités et d'essor
des fondamentalismes ethniques et religieux qui affecte
notre pays.
Ce n'est pas en historien des idées mais en anthropologue
spécialiste de l'Afrique noire que nous voudrions examiner
la prégnance du schème de la «guerre des deux
races» à la fois dans le cadre de l'histoire nationale et dans
celui de son exportation dans les colonies. En effet, loin
de constituer deux sphères étanches, l'histoire métropolitaine
et l'histoire des colonies ne cessent de s'informer
mutuellement, au point que le traitement des communautés
à l'intérieur du territoire national emprunte
aujourd'hui beaucoup à des précédents coloniaux.