Les mutilés

Lucyle est une femme à l'écart, solitaire, silencieuse.
Elle ne manque de rien et manque pourtant de tout. Elle
est absente de la vie : sa famille a été exterminée dans
les camps de la mort, ses illusions sur les sentiments
et le couple ont volé en éclats sous les mauvais coups.
Comment survivre alors à la violence de la mémoire, de
notre monde où chacun est figé dans un rôle social et
pornographique et où la plupart de nos contemporains
ont renoncé à aimer ? Il faut néanmoins se relever, naviguer
entre les écueils et les morts, résister, s'alléger pour
retrouver le chemin de l'innocence et la grâce de l'enfance.
Imposer la splendeur contre la mutilation, toutes
les mutilations, physiques, morales, ordinaires.
«N'oublie pas Lucyle, la vie est une constante découverte.
Regarde, écoute, sens. Renonce autant que tu pourras
aux habitudes : elles encrassent, bloquent la pensée.
Seul un être inhabitué peut accéder à la grâce. La grâce,
c'est l'injustifié, le mystère de la vie. Ce qui nous ouvre à
la possibilité de l'amour. Élève-toi vers l'indéfinissable.»